L'Oeil de la Certitude
Say it loud! I’m Muslim and i’m proud

Publié le jeudi 12 février 2004



Jeudi 12 février 2004

Mémoire d'immigré

Via [Libération] Arrivé du Maroc en 1969, Driss a vécu l'espoir du soulèvement des ouvriers immigrés de l'usine Talbot en 1982-1984. Puis son échec. Vingt ans après, il raconte ce combat perdu, le racisme qui perdure, sa désillusion.Mémoire d'un immigré révolté.

Un jour d'octobre, l'année dernière, une manifestation ratée devant l'usine
automobile de PSA à Poissy (Yvelines). Ce jour-là, 500 intérimaires sont mis
à la porte, la CGT a tenté de les mobiliser : trois jeunes sont venus. Parmi
les militants CGT présents, un petit homme rond contemple le spectacle d'un
oeil triste. Driss Lafdil a 54 ans. Immigré marocain, ouvrier à Poissy
depuis 1969, il peste de voir ces intérimaires valser docilement au gré des
cycles de production. Il avoue aussi, en père de l'immigration française,
son amertume de voir que la plupart de ces précaires sont des enfants
d'immigrés. «Leur échec scolaire a été fabriqué. Pendant des années, les
patrons ont utilisé leurs parents, main-d'oeuvre quasiment gratuite, jamais
malade. Aujourd'hui, ce sont leurs enfants qu'ils utilisent.»
Un raccourci,
d'une génération l'autre, comme un échec...

Il y a vingt ans, la même usine de Poissy, alors Talbot (1), était le
théâtre d'un des épisodes majeurs de l'histoire de l'immigration française.
Entre juin 1982 et janvier 1984, plusieurs centaines d'ouvriers immigrés de
la première génération, soutenus par la CGT, levaient la voix pour réclamer
le respect. Driss en était : «C'était le 2 juin 1982. Les gens ont quitté
leur poste. Ce n'était pas une grève, parce qu'une grève, c'est pour les
salaires, des revendications. Non, c'était une révolte. Un accrochage pour
la liberté et la dignité.»
Ces mots étaient dans l'air du temps. Trois
semaines avant Poissy, les immigrés de l'usine d'Aulnay-sous-Bois
(Seine-Saint-Denis) s'étaient lancés, eux aussi, dans le «printemps de la
dignité». C'était l'époque de la marche des beurs. Le regroupement familial
et les enfants nés en France invitaient à s'imaginer un avenir dans le pays.
L'arrivée de la gauche permettait de croire qu'il serait plus décent que les
années passées à courber l'échine. Poissy connut un an et demi
d'effervescence.

Et puis la crise est arrivée. La France, qui se rêvait généreuse, n'a su que faire de ses travailleurs immigrés. Fin 1983, le gouvernement autorise 1 905 licenciements à Poissy. Une majorité d'immigrés. A ceux qui commençaient à s'inventer un avenir français, la gauche répond licenciement avec, au titre de l'aide au retour, quelques dizaines de milliers de francs. Certains ont protesté. Driss en était, encore. Le 5 janvier 1984, après trois jours d'affrontements une des dernières grandes bagarres dans une usine française ; 55 blessés le dernier jour , les grévistes de Poissy sortent de l'usine sous les huées de centaines de salariés : «Les Arabes au four, les Noirs à la Seine, nous voulons travailler.» C'est la dernière apparition des immigrés de la première génération sur la scène médiatique. Le 6 janvier 1984, Libération écrit : «Le fossé entre immigrés et Français n'a jamais été aussi grand.»...

 

PUBLIÉ PAR Maître Wong | le 2004-02-12 12:05:48
Permalien | | Actu


3 Commentaires :

Commentaire écrit le vendredi 13 février 2004 à 10:31:09 (lien)
Maître Wong
on peut même rajouter "et nos petits-enfants"


Commentaire écrit le vendredi 13 février 2004 à 05:54:04 (lien)
Fontbarlcity - http://www.fontbarlettes.com
Perso, j'aurais mis en gras les dernières lignes:

"Vous voyez, tous les jours je prends ce chemin pour prendre le RER. Il y a des jeunes maghrébins qui passent. Ils sont étudiants. Les policiers les connaissent, les policiers les arrêtent. C'est pour cela que ma vie en France m'a déçu. Nous et nos enfants restons immigrés partout. »



Commentaire écrit le vendredi 13 février 2004 à 05:44:58 (lien)
Fontbarlcity - http://www.fontbarlettes.com
Perso, j'aurais mis en gras les dernières lignes:

"Vous voyez, tous les jours je prends ce chemin pour prendre le RER. Il y a des jeunes maghrébins qui passent. Ils sont étudiants. Les policiers les connaissent, les policiers les arrêtent. C'est pour cela que ma vie en France m'a déçu. Nous et nos enfants restons immigrés partout. »



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